L'Œil aux aguets ou l'artiste en voyage

L'Œil aux aguets ou l'artiste en voyage

Texte établi par : François MOUREAU

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Présentation

Un peu naïvement, l'artiste du XVIIIe siècle se représentait, crayon en main, son carton à dessins sous le bras, parfois protégé d'une ombrelle que lui offrait une main secourable — Et in Arcadia ego — prenant possession du paysage et de la lumière, spectateur-acteur accordant parfois à son compagnon de voyage — le rédacteur — l'aumône d'une silhouette : l'intention était honnête, sinon convaincante. En fait, c'est quand l'artiste n'est plus dans le « cadre » qu'il devient le plus présent, même si, de Cassas à Delacroix, voire à Morisot, la « réécriture » de l'artiste, ce « second voyage » déjà, où l'on passe de l'esquisse à l'œuvre, est une alchimie qui lui fait perdre en intensité ce qu'elle gagne en rectitude académique. Loin de l'atelier, où un jour il reconstruira un monde qui, pour l'instant, possède une trop forte altérité, l'artiste déguisé en Bédouin tente de se fondre dans ce qu'il représente, d'être le grand absent du spectacle qu'il offre à notre regard. Illusion : pas plus que le Bédouin ne le prend pour un Bédouin, l'artiste ne voyage sans sa besace culturelle. Il n'est pas donné à tout le monde, comme à ces pères jésuites occidentaux, devenus artistes-peintres sur soie à la Cour de l'empereur de Chine, de se gommer entièrement, ad majorem Dei gloriam. Claude Lagoutte, qui clôt ce volume, atteignit ce rare état d'indifférence-existence au monde. Mais il y a parfois un peu de Bretagne dans le Tahiti de Gauguin, d'École des Beaux-Arts, leçon de modèle vivant, dans le Maroc de Delacroix. L'artiste n'échappe pas au destin commu du voyageur : être déplacé.

Biographies Contributeurs

François MOUREAU

Historien du théâtre, étudie les rapports entre beaux-arts et littérature. Professeur à l'Université Paris IV-Sorbonne (en 2000). Directeur du Centre de recherche sur la littérature des voyages (en 2000).